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Personnage

Aldric le Scribe

Chroniqueur de la Citadelle

Apparence

Aldric est un jeune homme d'une vingtaine d'années au visage ouvert et avenant, perpétuellement encadré par une tignasse de cheveux bruns qui refuse obstinément tout effort de coiffure. On dirait qu'un vent invisible s'amuse en permanence à ébouriffer ses mèches dans toutes les directions. Ses yeux noisette, vifs et curieux, trahissent une intelligence sincère - même si elle est souvent éclipsée par sa distraction légendaire.

La caractéristique la plus immédiatement reconnaissable d'Aldric, ce sont les taches d'encre. Elles sont partout : sur ses doigts bien sûr, mais aussi sur ses joues (qu'il a l'habitude de gratter en réfléchissant), sur ses manches, et parfois même sur le bout de son nez. Les blanchisseuses de la Citadelle ont renoncé depuis longtemps à rendre ses tuniques immaculées. Il porte une sacoche en cuir élimé, toujours trop pleine de parchemins, de plumes de rechange et de morceaux de cire à cacheter qu'il oublie invariablement de ranger.

Malgré ce désordre apparent, il y a quelque chose d'attachant dans sa silhouette un peu dégingandée qui arpente les couloirs de la Citadelle d'un pas pressé, le nez tantôt plongé dans un parchemin, tantôt levé vers le ciel comme s'il cherchait une inspiration qui tarde à venir. Les autres scribes le repèrent souvent de loin grâce au bruit caractéristique de sa sacoche qui cliquète à chaque pas.

Histoire

Aldric est arrivé à la Guilde des Archivistes il y a trois ans, recommandé par le gouverneur de la province de Valombre qui avait remarqué ses talents de calligraphe. Fils d'un modeste cartographe de village, il avait grandi entouré de cartes et de parchemins, développant très tôt un amour profond pour l'écrit. Cependant, là où son père était méticuleux jusqu'à l'obsession, Aldric hérita d'un tempérament plus fougueux - enthousiaste mais parfois négligent dans les détails.

Son arrivée à la Citadelle fut marquée par un incident que la Guilde n'a jamais oublié. Chargé de transcrire les chroniques du roi Aldric III - un homonyme dont il est secrètement très fier -, il travailla pendant des semaines sur un parchemin d'une importance capitale. Mais une nuit, Bérénice, une autre scribe travaillant sur le même document depuis la Tour Ouest, sauvegardia sa propre version sans savoir qu'Aldric avait fait des modifications le matin même. Le lendemain, des semaines entières de travail d'Aldric avaient tout simplement disparu, écrasées sans retour possible. Cet épisode, connu dans la Guilde sous le nom de « l'Incident du Parchemin Perdu », devint un exemple canonique des dangers du travail sans versionnement.

Loin de se laisser abattre, Aldric tira de cette mésaventure une détermination nouvelle. Il fut parmi les premiers apprentis à adopter avec ferveur les techniques d'archivage enseignées par le Maître Archiviste, comprenant mieux que quiconque pourquoi elles étaient nécessaires. Aujourd'hui, il est l'un des chroniqueurs les plus assidus de la Citadelle - toujours un peu brouillon, certes, mais animé d'une conscience aiguë de la fragilité du savoir écrit. Les archives anciennes mentionnent également un « Roi Aldric » dans les chroniques du Troisième Âge, et le jeune scribe ne manque jamais une occasion de rappeler cette coïncidence avec un sourire malicieux.

Rôle dans la Guilde

Aldric occupe le rang de Chroniqueur - un échelon intermédiaire entre l'apprenti et l'archiviste confirmé. Sa tâche principale consiste à transcrire et mettre à jour les chroniques officielles de la Citadelle : les décrets du Conseil, les rapports des éclaireurs, les comptes rendus des assemblées de guildes. C'est un travail exigeant qui demande à la fois rapidité et fidélité au texte original, deux qualités qu'Aldric possède - quand il parvient à rester concentré assez longtemps.

Son expérience malheureuse avec le Parchemin Perdu lui a conféré un rôle informel mais précieux : celui de témoin vivant. Le Maître Archiviste l'invite régulièrement à raconter son histoire aux nouvelles recrues, afin qu'elles comprennent viscéralement les risques du travail non versionné. Aldric s'acquitte de cette tâche avec un mélange d'autodérision et de sincérité qui touche immanquablement les apprentis. Il est aussi devenu, presque malgré lui, un fervent défenseur des bonnes pratiques d'archivage - celui qui rappelle aux autres scribes de consigner leurs modifications avant de quitter leur poste le soir.

Personnalité

Aldric est avant tout un garçon sincère, porté par un enthousiasme communicatif que même les revers les plus cuisants ne parviennent pas à éteindre. Il s'investit pleinement dans chaque tâche qu'on lui confie - parfois trop, au détriment de la prudence. Sa plus grande faiblesse est son manque d'attention aux détails : il oublie de refermer les encriers, confond les numéros de référence, et a une fois archivé un traité commercial dans la section des recettes de cuisine. Le Maître Archiviste soupire souvent en sa présence, mais jamais sans une pointe d'affection.

Derrière sa maladresse se cache un esprit vif et une mémoire remarquable. Aldric peut réciter de tête des passages entiers de chroniques qu'il a transcrits des mois auparavant. Il possède un don naturel pour repérer les incohérences dans les textes, ce qui en fait un relecteur redoutable - quand il prend le temps de se relire lui-même, ce qui n'arrive pas aussi souvent qu'il le faudrait. Les autres scribes l'apprécient pour sa bonne humeur constante et sa générosité : il est toujours prêt à aider un collègue en difficulté, même si cela signifie veiller jusqu'à l'aube.

L'incident avec Bérénice aurait pu créer une inimitié durable entre les deux scribes, mais c'est tout le contraire qui s'est produit. Ils sont devenus de bons amis, unis par cette mésaventure partagée et par leur engagement commun envers les nouvelles méthodes d'archivage. Aldric a coutume de dire, avec le sourire un peu penaud qui le caractérise : « J'ai perdu un parchemin, mais j'ai gagné une leçon qui vaut toutes les chroniques du royaume. »

Aldric est la preuve vivante qu'on apprend davantage de ses erreurs que de ses succès. Son histoire rappelle à chaque apprenti que même les incidents les plus douloureux peuvent devenir le fondement d'une pratique meilleure.